Le 14 juin, la Suisse votera sur l’initiative UDC au titre trompeur d’«initiative pour la durabilité». L’UDC prétend ainsi lutter, entre autres, contre les embouteillages et les trains bondés. actif-trafiC s’oppose à cette initiative hypocrite et qui attise l’hostilité. Pour alléger la surcharge de nos infrastructures de transport, nous avons plutôt besoin d’une transition vers une mobilité plus durable et économe en espace.
Depuis plusieurs mois, l’UDC tente d’imposer dans le débat public son narratif accusant la croissance démographique d’être responsable de tous les maux de ce pays: augmentation des loyers, embouteillages sur les routes, trains bondés, bétonnage du paysage, etc. En utilisant une rhétorique «écologiste», que le parti combat habituellement véhémentement, l’UDC vise à rallier à sa cause les personnes préoccupées par l’état de notre environnement. L’UDC instrumentalise ainsi la durabilité pour s’attaquer une fois encore à une politique d’asile jugée trop «laxiste», plutôt que de proposer de réelles solutions à la pénurie de logements et à la surfréquentation des trains, comme nous le faisons depuis des années.
«L’initiative pour la durabilité»
L’initiative «pour la durabilité» souhaite limiter la population suisse à 10 millions d’habitant·es. Cela aurait pour conséquence un nouveau durcissement massif de la politique en matière d’asile, de regroupement familial et de conditions de séjour. Si la population venait à dépasser les 10 millions, l’initiative prévoit une résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes signé en 1999 entre la Suisse et l’Union européenne. Cela conduirait à la chute des accords bilatéraux, avec de multiples conséquences, notamment sur la protection des salaires, l’agriculture, la recherche, etc. Fixer un plafond à une population déjà vieillissante réduirait en outre le nombre de personnes actives et accélérerait le vieillissement de la société. À la clé : des risques pour les retraites, les assurances-maladies, et une possible pénurie de personnel qualifié dans des secteurs comme la santé et les métiers techniques.
Le défi de la croissance démographique
Si la croissance démographique est vue comme un défi en soi pour une Suisse habituée à se voir petite, c’est qu’elle exige une adaptation de nos infrastructures afin de maintenir une bonne qualité de vie pour toute la population. Cela implique une véritable politique sociale du logement, mais aussi de repenser notre manière de nous déplacer et de consommer. Car la réponse à la croissance démographique ne peut être dissociée de la crise écologique: c’est un double défi, auquel l’initiative de l’UDC n’apporte aucune réponse. Ni la fermeture des frontières, ni le repli sur soi, ni une extension des autoroutes ne constituent des solutions viables et intelligentes.
Une question de politique des transports et d’aménagement du territoire
Être plus nombreux sur un même territoire nécessite indéniablement des adaptations. Prenons l’exemple de la mobilité: afin de permettre à davantage de personnes de se déplacer de manière efficace et écologique, nous devons:
- Investir dans le développement des infrastructures ferroviaires
- Améliorer la desserte de proximité en transports en commun
- Repenser un aménagement du territoire compact qui offrirait des services essentiels à proximité de chez soi, réduisant ainsi les besoins de déplacement
- Décaler les horaires scolaires et professionnels afin de lisser la fréquentation des bus et des trains aux heures de pointe
- Encourager l’usage du vélo et la marche à pied grâce à des infrastructures adaptées et sécurisées
Car si l’UDC dénonce cette croissance démographique, elle combat presque systématiquement les investissements dans les transports publics et la création de pistes cyclables sécurisées, qui permettraient pourtant une mobilité économe en espace dans les villes et les agglomérations. À cela, elle préfère défendre encore et toujours une politique du «tout-voiture», ce qui favorise l’étalement urbain et un mitage du territoire.
L’argument de la «durabilité»
L’UDC a opté cette fois-ci pour un vocabulaire «écologiste» afin d’élargir son discours à une base plus large. L’UDC reprend ainsi les théories du pasteur anglais Thomas Robert Malthus (1766 – 1834) selon lesquelles une réduction de la population permettrait de résoudre la crise écologique. En réalité, limiter la population ne freinerait pas le réchauffement climatique, qui ne se soucie guère des frontières nationales. Avec une moyenne de 13 tonnes de CO2 par personne et par an, ce sont davantage nos modes de consommation qui sont déterminants et non le nombre d’habitant·es. À titre de comparaison, la Suède, le Portugal ou encore la Grèce comptent chacun plus de 10 millions d’habitant·es mais génèrent considérablement moins de CO2 que la Suisse.
Finalement, si l’UDC était vraiment préoccupée par la croissance démographique, elle ne soutiendrait pas des politiques fiscales attractives pour les entreprises étrangères ni ne réclamerait une politique nataliste. La question de la croissance démographique et de la durabilité n’est qu’un énième prétexte xénophobe pour s’en prendre aux personnes étrangères. Ou comme le dit un conseiller national UDC saint-gallois: «Trop d’étrangers et pas les bons».
Un «NON» clair, notamment pour des raisons environnementales
L’UDC aura en tout cas réussi à instaurer un narratif fallacieux dans le débat public qui voudrait que les embouteillages et le coût du logement soient la conséquence de personnes étrangères venues s’établir en Suisse. Nous nous opposons à ce raisonnement trompeur et dangereux, qui nuit à notre vie en communauté et empêche la mise en place de mesures environnementales efficaces, telles qu’une véritable transition vers une mobilité durable.
Le besoin en espace que 100 personnes requièrent à pied, en tram ou en voiture.
