La Suisse prend trop l’avion. Toute la population? Non. Le trafic aérien est le secteur où la corrélation entre impact climatique et niveau de revenu est la plus forte.
Alors que les émissions de gaz à effet de serre diminuent lentement dans la plupart des domaines, elles continuent d’augmenter dans le secteur aérien. Le bilan intermédiaire des objectifs climatiques de la ville de Zurich en est un exemple frappant : l’augmentation des émissions liées au transport aérien annule les progrès réalisés dans le secteur du bâtiment et des transports terrestres. Il n’y aura donc pas de réelle protection du climat sans une réduction du nombre de vols.
Pour être précis, il faut souligner que c’est avant tout une petite partie de la population suisse, à savoir les grands voyageurs, qui vole trop souvent et trop loin. Cette petite minorité cause des dommages climatiques bien plus importants que la moyenne. Et plus le portefeuille est garni, plus les voyages en avion sont fréquents, longs et luxueux : les personnes à revenus élevés causent cinq à six fois plus de dommages climatiques en prenant l’avion que celles qui gagnent moins de 6000 francs par mois. Les vols en classe affaires sont même quatre fois plus nocifs pour le climat que ceux en classe économique. Sans parler des jets privés. Les voyages fréquents en avion, destructeurs pour le climat, sont donc aussi une question sociale.
On entend souvent dire que « prendre l’avion est tout simplement trop bon marché ». D’un point de vue purement économique, c’est certainement vrai. Mais cette affirmation ne tient pas compte de la réalité sociale. Les gens veulent pouvoir voyager et nous devons veiller à ne pas passer à côté de leurs préoccupations, d’autant plus que beaucoup d’entre eux ont déjà du mal à payer leur loyer, leur assurance maladie et les frais de garde d’enfants. Dans les faits, les alternatives à l’avion sont souvent trop chères en comparaison de ce dernier. C’est pourquoi nous intervenons précisément à ce niveau avec notre initiative pour des bons de mobilité !
D’une part, avec la taxe sur les billets d’avion, nous corrigeons enfin le privilège fiscal dont bénéficie l’industrie aérienne et prenons en compte les dommages climatiques causés, en fonction de la distance et de la classe de vol. D’autre part, et c’est tout aussi important, nous renforçons la mobilité durable en rendant les transports publics plus abordables en Suisse et à l’étranger grâce aux bons de mobilité.
En conséquence, la petite catégorie de grands voyageurs (souvent des personnes à revenus élevés) paiera un prix plus équitable pour les dommages climatiques qu’elle cause et renoncera à l’avenir à une partie de ses vols. La grande majorité de la population recevra, elle, en fin d’année une belle somme sous forme de bon de mobilité, même si elle prend l’avion de temps en temps. Grâce à ce bon, elle bénéficiera d’une réduction notable sur son abonnement de transports publics ou pourra profiter d’un voyage en train à tarif réduit. Une situation gagnant-gagnant-gagnant pour le climat, les transports publics et le porte-monnaie de la population !
Grâce au bon de mobilité, davantage de personnes pourront profiter d’un voyage en train.
