Face à la croissance effrénée du trafic aérien et ses impacts climatiques irrémédiables, il est évident que nous devons agir. Mais quelle serait l’efficacité d’une taxe sur les billets d’avion ?
En 20 ans, le nombre de passagers·ères dans les aéroports suisses a presque doublé. Appliquer le principe du « pollueur-payeur » – en taxant proportionnellement à la distance et à la classe – permettrait d’inciter à réduire les vols en avion.
Impact climatique
En 2021, lors du vote sur la révision de la loi CO₂, des scientifiques ont modélisé les effets d’une taxe sur les billets d’avion. Leur conclusion : une telle mesure pourrait réduire de 21 % le nombre de passagers et de 16 % les émissions de CO₂ du trafic aérien.
Ces projections s’appuient sur une étude économique montrant que la demande de vols diminue lorsque les prix augmentent. Par exemple, pour un vol court-courrier en classe économique en Europe, une hausse de 1% du prix entraîne une baisse de 1,2% de la demande.
La sensibilité au prix varie toutefois selon le type de vol et la classe : les passagers de vols courts en classe économique réagissent le plus fortement à une hausse tarifaire que ceux des vols long-courriers en classe premium.
Ce n'est pas seulement la distance qui compte, mais aussi la classe de vol
Philippe Thalmann, professeur à l’EPFL et co-auteur de l’étude explique :
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« Quelle que soit la taxe prélevée pour les vols longue distance en classe Economy, elle devrait être au moins 4 fois plus élevée pour les classes Premium (Business, Première). En effet, les sièges plus lourds et spacieux dans ces catégories sont responsables de quatre fois plus d’émissions et sont occupés par des passagers qui sont quatre fois moins sensibles aux prix. Pour les vols court-courriers, le rapport des taxes Premium sur Economy pourrait se situer entre 1,5 et 2. »
En outre, si les vols long-courriers ne représentent que 20 % des voyageurs·euses, ils sont responsables de 60 % des émissions. Ainsi, une taxation plus élevée pour les passagers·ères de ces vols, particulièrement en classe Premium, permettrait de réduire encore davantage l’impact climatique de l’aviation et d’assurer une plus grande équité.
Et après ?
Le texte prévoit un suivi régulier du montant de la taxe, ajustable si nécessaire. Le but visé à terme est de drastiquement réduire le trafic aérien, en favorisant et développant les alternatives terrestres. Un tel changement nécessite une transformation profonde de notre rapport au voyage, en tant que société : moins loin, moins souvent mais plus détendu et plus enrichissant.
